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(18 avril 2012)

L’Ecologie made in France

Bon.
Respirez.
Prêts ?
Allez, on y va. Je ne vais certainement pas vous faire l’histoire du mouvement. L’excellente revue S !lence vient de sortir un livre :"L’écologie en 600 dates".

Pour dire tout de suite le bien que j’en pense, ce livre est comme un album, chronologique, bien pensé, clair, synthétique, on y apprend beaucoup, surtout pour nous qui sommes si courts de mémoire par jeunesse ou par saturation. On y voit que depuis longtemps l’écologie et le social marchent ensemble et que toute séparation des deux, toute mise à l’écart de l’écologie dans les questions sociales, est un artifice permettant de ne pas s’occuper de problèmes vitaux. Nous rafraîchir tous les pans de mémoire écartés du discours général me semble particulièrement salutaire et "L’écologie en 600 dates" tombe à pic.(1)

C’est quand même en 1973 que naît le MEP - Mouvement d’écologie politique, premier du genre en France, dont je n’avais jamais entendu parler - les Verts allemands n’ayant été créés qu’en 1980 ! Et en l’an 2000, 100 000 personnes, oui tant que ça, on soutenu les inculpés du démontage du Mc Do à Millau.

Mais pour ce qui est du présent nous n’étions que 60 000 après Fukushima pour la dernière chaîne humaine contre le nucléaire. Et seulement une poignée de milliers au meeting des Colibris du 31 mars dernier. Sans parler des Indignés de La Défense de l’hiver dernier.

En 1985, l’agriculture bio française représentait 60% des surfaces cultivables de l’UE. En 2003, ce chiffre est tombé à 9,5 % (2). Quant aux énergies renouvelables, elles augmentent partout en Europe sauf en France (18% en 1995, 14,5% en 2010) (3). Dans l’indifférence médiatique, une marche citoyenne est actuellement en route, des marchants contre des marchands, mais souvenons-nous qu’en 1983, la marche des Beurs partis de Marseille avait rallié Paris et rassemblé 100 000 personnes.

Là, à une poignée d’heures des prochaines élections présidentielles, tu regardes l’écologie en France et tu fais comme Paulo Coehlo : tu t’assoies au bord de la rivière et tu pleures.

Il a raison Fabrice Nicolino de s’être demandé Qui a tué l’écologie ?

Est-ce que nous sommes moins informé dans ce pays sur cette crise sociale et écologique ? Est-ce que nous pensons que l’exception française va nous permettre de boire de l’eau pure quand 97% des cours d’eau sont gravement pollués sans parler de l’état des mers ? Est-ce que nos vieilles centrales ne peuvent pas exploser parce qu’elles sont made in France ? Est-ce que rien ne peut nous atteindre en France ? Vraiment ?
Il y a de ça, sûrement.

Il y a aussi depuis un bon moment tout le brouillage médiatique et politique fait - et très bien fait, avouons-le - autour de l’écologie au point que même des partisans du vivant en viennent à ne plus pouvoir encadrer le mot de "bio". Forcément, des poires d’Argentine "bio" en supermarché, ça calme. Et de "Semaine du Développement Durable" en liquidation de la question du nucléaire par les Verts pour flirter avec François Hollande, ça douche.
De temps en temps, la presse aux ordres éclaire un phénomène et fait croire qu’un événement grave n’est qu’un détail, omettant toujours de l’inscrire dans un processus continu.

L’écologie en France c’est le grand n’importe quoi et c’est dégueulasse. Parce qu’à la base, il y a des dizaines de milliers de gens, de vrais, gens. Et ces gens vont de tous les membres des associations naturalistes aux protecteurs des droits humains, des associations de veille, d’actions, de formations, avec tous les ateliers proposés en permanence pour ré-apprendre l’autonomie, le scénario néga-Watt, l’Appel de la Jeunesse né parce qu’un copain est mort d’un cancer, les créatifs culturels des Colibris, les Désobéissants, Terre de Liens, les Robins des Toits, les Déboulonneurs de pub... ça fait déjà du monde et ce n’est pas un dixième.
Où j’en étais ? Ah oui : donc des milliers de gens qui en ont marre, qui ne parlent pas de construire le changement, qui le font.

Et c’est comme s’il n’y avait personne.

On voit passer de temps en temps Pierre Rabhi qui essaie de transformer l’étincelle en un feu de conscience. Nicolas Hulot va et vient. Eva Joly. José Bové. Des personnes - pas de mouvement.
Comme disait Leopardi, "chacun est intérieurement devenu une nation". (4)

J’ai cru aux Colibris parce que comme je l’ai dit, il n’y avait tellement rien que ça m’a semblé mieux que rien. On pouvait redevenir visibles. Je n’étais pas à leur réunion parisienne mais je suis très convaincue par le regard de Virginie et Mathieu qui s’étonnent de voir les affiches privées de leurs messages et je partage la perplexité des EcoSapiens. Au point où en sont les choses, est-ce qu’on avait vraiment besoin d’une campagne de communication ?
Comment soutenir le parti des Verts quand il liquide le nucléaire dès le début de la campagne ?
Comment soutenir Mélenchon qui n’a comme tous les autres qu’une écologie de façade ? (5)
Je ne sais pas.
Et moi qui aime la politique et croit en son utilité j’en viens à me dire avec tristesse qu’il vaut mieux s’en désintéresser complètement sous toutes les formes actuelles qu’elle prend.

L’autre jour à Paris, j’ai vécu une toute petite expérience qui illustre la perception que j’ai de l’écologie française. Il y avait très longtemps que je n’avais pas été dans le métro parisien, quelques années.
C’est la station de RER Luxembourg.
Sous terre : c’est toujours aussi sale, ça sent effroyablement mauvais, un angle de notre wagon était inondé de pisse, des fauteuils déchirés. J’ai pensé à Cuba. J’ai pensé : "C’est ça l’infrastructure d’un pays riche ?" Et donc le RER arrive à la station Luxembourg et là, miracle : les murs vôutés couverts de ma-gni-fi-ques photos des gens mer-veil-leux - les Bishnoïs, vous savez ce groupe d’Indiens du Rajhastan qui placent l’écologie au centre de la vie. Et là on nous explique comme dans poster géant de notre enfance que c’est super, ils n’ont rien ces gens, rien de ce qui fait notre "modernité" mais ils sont vraiment vraiment plus conscients et actifs que nous pour se bouger le cul et protéger l’essentiel.
Bien sûr, le budget a dû être un peu serré et les posters ne couvrent pas tout : le plafond de la station s’écroule, il y a des fuites d’eau et Eerik est resté coincé dans le portillon cassé. A la surface : le centre de la ville, parc, platanes, fontaines, librairies jadis, fast food maintenant, pâtisserie 19e, marchands de bonbons, voitures, autobus, ciné d’art et d’essai... Tout un monde artificiel qui repose sur des ruines mal camouflées par de la com’.

On est trop gâtés.

Alors l’écologie en France, pour l’instant, c’est en réalité une immense constellation d’alternatives concrètes dans tous les domaines du vivant, quelques maires, quelques très rares intellectuels et journalistes et beaucoup, beaucoup, beaucoup de vent. A mes yeux, aucun chef, aucun parti ne représente vraiment cette diversité-là pour laquelle j’ai envie d’inventer d’autres mots, ce maquis.
Cela dit, quand on regarde l’histoire, c’est peut-être une force.



(1) L’écologie en 600 dates, S !lence et Le Passager Clandestin, 12 euros (ou moins si vous vous procurez le n°400 de la revue). Pour se rafraîchir la mémoire, on pourra consulter utilement le site Anarchisme et Ecologie.
(2) Chiffres p. 20 de Manger bio c’est pas du luxe, L. Le Goff, Terre Vivante, 2007.
(3) Supplément du n°400 de S !lence, avril 2012, p. V.
(5) Toujours sur le pont, avec la lucidité qui le caractérise, Fabrice Nicolino a épinglé les impasses écologiques du Front de Gauche dont la dernière en date sur l’état des mers est à pleurer.






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