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(10 octobre 2013)

Ceux qui sèment

En Finlande, l’automne est là et bien là. Des arbres de feu, un léger frimas, quelques ciels mouillés et le grand retour de la soupe au potiron qui, à elle seule, me permet de dire joyeusement adieu au (si bref) soleil estival... Et qui dit soupe au potiron dit bien évidemment récupération des graines qui, une fois lavées et séchées, enduites de beurre et saupoudrées de sel, s’en vont griller au four pour un apéro maison du tonnerre.

La soupe au potiron est un plat tellement simple et tellement sublime que je ne peux pas compter le nombre de bols savourés dans ma courte vie, remonteurs de moral, réveilleurs de papilles... Tout en grillant mes graines donc, l’autre soir, je pensais à l’une de mes marottes, les semences. Dans le grand nord, on trouve du potiron, des pâtissons et des butternuts. Et vous me direz que ce n’est déjà pas si mal mais tout de même où sont les Connecticut Field, Lady Godiva, Jaspée de Vendée, Mongogo du Guatemala, Pâtissons panachés, Petites lanternes et Pommes d’or, Styrian Hulless et la Table Gold ?...

Je l’ai dit déjà de nombreuses fois sur ce site : nous traversons une crise majeure du vivant dont un des aspects les plus dramatiques est la perte de biodiversité qui passe, entre autres, par l’uniformisation des cultures. En effet, depuis 2010 officiellement (voir site de la FAO) et depuis bien plus longtemps, toutes les sonnettes d’alarme sont tirées sans que pourtant personne ne semble entendre.
Personne. Ou presque.
Car des collectifs de citoyens se sont organisés, via des associations ou pas, pour alerter et si possible freiner cette catastrophe...
Car que se passera-t-il quand l’humanité toute entière se nourrira d’une seule variété soit disant "super résistante" de riz, blé, porc, patates et tomates, tout calibré, tout industrialisé, tout fragile au fond parce que le premier virus bizarroïde qui passera décimera telle ou telle mono-production (à ce stade, on ne parle plus de culture).

C’est une réalité, la biodiversité renforce les ressources du vivant tout en enrichissant nos assiettes, et donc nos vies. Pour s’en convaincre, s’il pleut vendredi soir, (re)plongez-vous dans la vie de N. Vavilov, Aux sources de notre nourriture, (l’un des livres les plus importants du siècle, dont j’ai déjà rapidement parlé).

D’un côté donc les Goliath (producteurs de pesticides, entre autres) et de l’autre les David (associations, réseaux, collectifs et individus) de plus en plus nombreux (voir par exemple, La voix du vent déjà signalé ici et ailleurs). Entre les deux, des pouvoirs publics qui peinent à satisfaire la chèvre et le chou, et pour cause, c’est impossible ! Du coup, de grandes incohérences qui ont pour mérite de rendre enfin beaucoup plus visibles les énormes conflits d’intérêts en jeu... tout en semant chez certains un doute paralysant, redoutable poison contemporain sur lequel je reviendrai bientôt.

Ainsi, exemple d’action incohérente, "le 6 septembre 2011, la Cour de Justice de l’Union Européenne a décidé que du miel contaminé avec du pollen de maïs MON810 ne pouvait être commercialisé faute d’autorisation de ce pollen pour l’alimentation humaine. Cet arrêt indique également qu’un étiquetage est obligatoire au-delà d’une présence de 0.9% de pollens issus d’OGM autorisés dans l’alimentation humaine. Pour nos organisations, la décision a marqué, au plus haut niveau, la reconnaissance de l’incompatibilité de la culture des OGM avec l’apiculture. La conséquence logique de cet arrêt aurait dû être l’édiction par les États membres de règles visant à protéger l’apiculture contre les contaminations par les OGM. Malheureusement la Commission a préféré demander aux États membres d’attendre avant d’agir... "(source site ogm-abeille.org *)

Ou encore au Mexique, où les petits paysans de la Via Campesina et de l’UNORCA sont allés jusqu’à la grève de la faim pour empêcher le gouvernement d’autoriser de planter massivement du maïs OGM sur des terres qui sont le berceau historique du maïs, des maïs.** Quelques mois après, comme je vous l’avais signalé (ici), la compagnie Monsanto passait carrément au-dessus des lois (Le Monde) en dépit du bon sens. Chez nous, ce sont les variétés paysannes de blé qui sont en voie de disparition (Le Monde).

Cette entrée en force de l’industrie dans les champs n’est pas nouvelle. Il serait bien trop long de retracer ici l’histoire des conséquences de la Révolution verte (elle est évoquée dans le film de Coline Serreau, Des solutions locales...). Reste que les semences, la majorité des gens s’en moque et c’est grave.

Une des raisons de cette indifférence qui devrait attirer notre attention MASSIVE c’est que les semences, comme le pollen, c’est tout petit, tout petit petit, invisible presque (voir Le visible et l’invisible). Un invisible qui n’a plus rien de poétique et qui se compose de tant de choses qui échappent à nos sens et que, de fait, nous pensons pouvoir ignorer alors que nos vies en dépendent :
- les semences modifiées qui modifient la biodiversité et nous sont toxiques,
- la qualité de l’air qui s’infiltre dans nos poumons,
- la qualité de l’alimentation chargée de résidus toxiques,
- la qualité de l’eau chargée des mêmes résidus,
- le changement climatique avec son lot de catastrophes naturelles provoquées par notre artificialité,
- les déchets nucléaires infiniment polluants et dangereux,
- nos esclaves, tous ces bras qui travaillent pour produire nos machines, voitures, trucs, gadgets et que nous ne voyons pas.

Du 2 au 16 octobre c’est la 2e quinzaine internationale de la semence libre lancée par l’Indienne Vandana Shiva. Et le 12 octobre, en plus du Paris Vegan Day, c’est la journée mondiale de l’alimentation alors prenez soin de vous, regardez, informez-vous ! Suggestion de point de départ : commencez l’article de LaSeiche sur les Semences.

Aussi, ce samedi, dans le monde entier, une marche contre Monsanto est organisée, c’est la 2e du genre. C’est dans plusieurs villes comme Brest, Marseille, Paris...

Et lundi prochain à Paris, une conférence-débat avec Ch.Vélot à 19h30, espace Jean Danne, 17 rue Leopold Bellan, 75002, Métro Sentier. Entrée libre.

A lire :
Guide pratique de reproduction de semences ?

NOTES
* Les organisations partenaires de la pétition OGM-abeille sont : Agir pour l’environnement, Amis de la Terre, Apis Bruoc Sella, Attac, ASPAS, Biocoop, CONAPI, Confédération Paysanne, Danmarks Biavlerforening, FFAP, FNAB, FNE, FNOSAD, FRAPNA, Générations Futures, GIET Info, Greenpeace, Inter-Environnement Wallonie, LPO, Natagora, Nature et Progrès, Nature et Progrès Belgique, Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique, OGM Dangers, One Voice, Réseau Semences Paysannes, Syndicat National d’Apiculture, UNAAPI, Union Nationale de l’Apiculture Française, Veille au grain.

** "Par sa présence dans plus de 70 pays à travers le monde, La Via Campesina a pu se rendre compte de la réalité existante derrière les mensonges de Monsanto et d’autres entreprises transnationales qui vantent les soi-disant bénéfices des semences OGM. Nous avons vu comment les échecs causés par ces semences ont mené de nombreux paysans au suicide en Inde et ont provoqué des maladies dans des communautés entières des Philippines et du Paraguay, sans citer d’autres désastres. Ils veulent maintenant contaminer le centre d’où provient l’une des plus importantes cultures pour l’humanité entière. Nous ne pouvons pas, en toute bonne foi, permette que cela arrive, étant donné que la souveraineté alimentaire de toute l’humanité serait mise en danger." (Communiqué de Henry Saragih, coordinateur de la Via Campesina, janvier 2013).

Dernière incohérence en date faisant état d’un bras de fer gouvernement/lobby : l’état du Minnesota vient d’interdire le formaldehyde dans tous les produits pour enfants... sauf les sodas allégés et les vaccins. A votre santé !






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